Il y a trente-cinq ans, lorsqu’une femme souhaitait prendre soin de son visage, sa salle de bains contenait généralement quelques produits.
Aujourd’hui, elle peut avoir l’impression qu’une routine sérieuse devrait nécessairement contenir de l’acide hyaluronique, de la vitamine C, du rétinol ou du rétinal, des peptides, du collagène, voire plusieurs de ces actifs simultanément.
Chaque année apporte son nouvel ingrédient vedette.
Et avec lui son lot de publications, de vidéos, d’avis et parfois de promesses spectaculaires.
Après plus de 35 ans passés dans l’univers des plantes, de la santé naturelle et de la cosmétique, je ne souhaite certainement pas opposer cosmétique naturelle et innovation scientifique. Ce serait absurde.
De nombreux actifs utilisés aujourd'hui en cosmétique présentent un réel intérêt.
Mais il existe une différence essentielle entre un actif intéressant et un actif dont votre peau a besoin.
C'est précisément cette nuance que nous avons tendance à oublier.
Dans mon livre Moins. Mais mieux., je défends une idée assez simple : avant de multiplier les solutions, commençons par comprendre le besoin.
Appliquée à la cosmétique, elle conduit à une question :
avons-nous vraiment besoin de mettre tous les actifs dont on nous parle sur notre visage ?
La réponse est évidemment non.
Pourquoi les actifs cosmétiques deviennent-ils des tendances ?
La cosmétique a toujours connu des ingrédients vedettes.
Mais les réseaux sociaux ont considérablement accéléré le phénomène.
Un actif jusque-là essentiellement connu des formulateurs peut devenir en quelques mois le sujet de milliers de vidéos. Les consommateurs découvrent alors son nom, sa concentration, son mécanisme supposé d'action et commencent parfois à construire eux-mêmes leurs associations.
C'est une évolution intéressante : nous voulons davantage comprendre ce que nous appliquons.
Mais elle possède aussi son revers.
Connaître le nom d'un actif ne signifie pas maîtriser la cosmétologie.
Une matière première n'est pas un produit fini. Son intérêt dépend notamment de sa forme, de sa concentration, de sa stabilité, du véhicule dans lequel elle est incorporée, de la formulation globale et de la manière dont elle est utilisée.
Et surtout : une publication ou une vidéo de quelques secondes ne constitue pas une prescription pour votre peau.
Regardons donc quelques-uns des actifs dont on parle le plus.
Acide hyaluronique : la star de l'hydratation
L'acide hyaluronique est probablement devenu l'un des ingrédients les plus connus du grand public.
Naturellement présent dans l'organisme, il est notamment apprécié en cosmétique pour sa capacité à retenir l'eau et à contribuer à l'hydratation et à l'aspect plus souple de la peau.
Ses +
Il constitue un actif hydratant particulièrement intéressant.
Il peut contribuer à améliorer le confort et l'apparence d'une peau déshydratée.
Il existe sous différentes formes et poids moléculaires permettant aux formulateurs de travailler différentes propriétés cosmétiques.
Ses limites
Le terme « acide hyaluronique » sur un emballage ne suffit pas à juger de la qualité ou de l'efficacité d'un produit.
La formulation dans laquelle il est intégré compte énormément.
Et surtout, hydrater n'est pas nourrir.
Après 40 ans, une peau peut manquer d'eau mais également de lipides. Ajouter encore un produit hydratant ne répond donc pas nécessairement à l'ensemble de ses besoins.
Rétinol : efficace, mais pas anodin
Le rétinol, dérivé de la vitamine A, bénéficie d'un historique scientifique important en cosmétique.
Il est notamment utilisé dans les soins destinés à améliorer l'apparence des signes du vieillissement cutané, la texture et l'irrégularité du teint.
Ses +
C'est probablement l'un des actifs cosmétiques anti-âge disposant du plus de recul.
Employé correctement et dans une formulation adaptée, il peut être pertinent pour certaines personnes souhaitant agir de manière ciblée sur les signes visibles de l'âge.
Ses limites
Le rétinol n'est pas un actif que je qualifierais de totalement anodin.
Selon le produit et la sensibilité individuelle, son utilisation peut s'accompagner de sécheresse, d'inconfort, de rougeurs ou de desquamation.
Il demande donc une introduction progressive et une routine cohérente.
C'est précisément le type d'actif avec lequel la logique du « j'en mets parce que tout le monde en parle » me semble particulièrement peu pertinente.
Rétinal : vraiment mieux que le rétinol ?
Depuis quelque temps, le rétinal, ou rétinaldéhyde, bénéficie à son tour d'une forte exposition.
Il appartient, comme le rétinol, à la famille des rétinoïdes.
On lit fréquemment qu'il serait « plus puissant », « plus rapide » ou constituerait une nouvelle génération de rétinol.
La réalité mérite davantage de nuance.
Ses +
Le rétinal présente un intérêt cosmétique réel et sa voie de conversion vers l'acide rétinoïque est plus courte que celle du rétinol.
Cela explique une partie de l'intérêt qu'il suscite.
Ses limites
Plus actif ne signifie pas automatiquement plus adapté à votre peau.
Comme avec les autres rétinoïdes, la tolérance, la formulation, la concentration et la fréquence d'utilisation sont déterminantes.
Et transformer la comparaison « rétinol contre rétinal » en compétition pour savoir lequel est le plus puissant me semble passer à côté de la question essentielle :
lequel, éventuellement, convient à votre peau ?
Vitamine C : l'antioxydant devenu incontournable
La vitamine C est particulièrement appréciée pour ses propriétés antioxydantes et son utilisation dans les soins visant l'éclat et certains signes du vieillissement cutané.
Elle fait aujourd'hui partie des grands classiques des sérums visage.
Ses +
Son intérêt antioxydant est bien documenté.
Elle peut avoir une place pertinente dans une stratégie cosmétique destinée à préserver l'éclat et à agir sur certains signes visibles du vieillissement.
Ses limites
Toutes les « vitamines C » ne sont pas identiques.
Il existe différentes formes et dérivés, avec des caractéristiques de stabilité et de formulation différentes.
L'acide L-ascorbique, notamment, pose de véritables défis de stabilité au formulateur.
Une fois encore, lire « Vitamine C » en gros sur le devant d'un flacon ne permet pas de résumer la qualité du produit.
Collagène : attention au raccourci
Le collagène est probablement l'un des meilleurs exemples de la nécessité de distinguer discours marketing et réalité biologique.
Le collagène est une protéine structurelle essentielle de la peau, et sa diminution progressive participe aux modifications visibles liées à l'âge.
De là naît une idée très séduisante :
« Ma peau perd du collagène, je vais donc lui appliquer du collagène. »
La biologie cutanée est malheureusement — ou heureusement — plus complexe.
Ses +
Dans une formule cosmétique, certains ingrédients à base de collagène peuvent notamment participer aux propriétés hydratantes ou filmogènes du produit et améliorer temporairement la sensation et l'apparence de la peau.
Ses limites
Appliquer du collagène sur la peau ne signifie pas simplement remplacer le collagène perdu dans le derme.
Cette nuance est fondamentale.
C'est exactement le type de raccourci que je conseille de regarder avec prudence lorsque vous choisissez un produit cosmétique.
Ce que disent les études… et ce qu'elles ne disent pas
C'est probablement le point auquel je tiens le plus.
Nous entendons constamment :
« Les études prouvent que… »
Mais de quelle étude parle-t-on ?
Étude sur l'ingrédient ou sur le produit fini ?
Étude in vitro, ex vivo ou clinique ?
À quelle concentration ?
Pendant combien de temps ?
Sur combien de personnes ?
Avec quelle formulation ?
Avec quel critère d'évaluation ?
Les publications scientifiques sont indispensables pour faire progresser la cosmétique.
Mais elles ne sont pas des paroles d'Évangile que l'on peut sortir de leur contexte pour transformer chaque résultat en promesse universelle.
Une étude montrant l'intérêt d'un actif dans certaines conditions ne signifie pas que tous les produits contenant cet actif auront exactement le même effet sur toutes les peaux.
C'est une distinction essentielle.
Votre peau n'est pas un terrain d'expérimentation
C'est probablement la phrase que j'aimerais que vous reteniez de cet article.
Votre peau n'est pas un laboratoire.
Elle possède une barrière protectrice, un microbiome, un équilibre hydrolipidique et ses propres mécanismes biologiques.
Et cet équilibre mérite d'être respecté.
Changer régulièrement de sérum, superposer les actifs, augmenter les concentrations parce qu'un influenceur les utilise ou introduire simultanément plusieurs ingrédients puissants ne constitue pas nécessairement une stratégie de soin.
Lorsque la peau commence à picoter, tirailler, rougir ou devenir inconfortable, la réponse n'est d'ailleurs pas forcément :
« Quel nouveau produit dois-je ajouter ? »
La première question pourrait être :
« Est-ce que je n'en fais pas déjà trop ? »
Sérum ou huile visage : revenons au besoin
Je ne suis pas opposé aux sérums.
Ce serait là encore caricatural.
Un bon sérum répondant à un besoin précis peut parfaitement avoir sa place dans une routine.
Vous avez identifié une problématique ? Un actif possède un intérêt documenté ? La formulation est sérieuse ? Votre peau le tolère bien ?
Très bien.
Utilisez-le.
Mais il n'est pas nécessaire de transformer votre visage en catalogue d'actifs.
À côté des sérums formulés autour d'un actif ciblé existe une approche différente : celle des huiles végétales.
Une huile végétale de qualité apporte naturellement un ensemble de composés issus de la plante, notamment des acides gras et, selon l'huile, différentes fractions insaponifiables.
Elle répond particulièrement à la dimension lipidique du soin.
Ce n'est pas mieux par principe.
C'est différent.
Après 40 ans, huile ou sérum ?
Je préfère donc poser la question ainsi :
De quoi votre peau a-t-elle besoin aujourd'hui ?
Si elle présente un besoin ciblé auquel un sérum bien formulé peut répondre, celui-ci peut être parfaitement pertinent.
Si elle recherche avant tout confort, souplesse et nutrition lipidique, une huile végétale peut constituer un geste remarquablement simple.
Et les deux peuvent également être complémentaires lorsqu'il existe une raison de les associer.
L'essentiel est de ne pas confondre routine minimaliste et dogmatisme.
Faire moins ne signifie pas refuser la science.
Cela signifie utiliser la science avec discernement.
Pourquoi j'ai choisi l'huile de pépins de figue de Barbarie ?
Mon parcours professionnel m'a amené pendant plus de trente-cinq ans à observer les plantes, leurs usages et leur transformation en produits de santé naturelle et de cosmétique.
Et certaines matières premières continuent à me fasciner.
L'huile de pépins de figue de Barbarie en fait partie.
Elle possède naturellement une composition remarquable, notamment en acide linoléique, tocophérols et phytostérols.
Lorsque nous avons créé l'Huile Magique de Barbarie Bio SidiB, nous avons fait un choix presque à contre-courant :
ne pas chercher à la rendre plus compliquée.
100 % huile de pépins de figue de Barbarie bio.
Première pression à froid.
Et rien d'autre.
Nous avons également choisi de faire évaluer le produit fini dans une étude clinique indépendante menée pendant 28 jours auprès de 20 femmes âgées de 45 à 70 ans.
C'est important.
Car lorsque nous communiquons sur les résultats de cette étude, nous parlons bien du produit utilisé par ces femmes dans les conditions de l'étude, et non d'une extrapolation spectaculaire à partir d'une publication concernant l'un de ses constituants.
C'est aussi cela, pour moi, la Beauté de Bon Sens.
Le meilleur actif cosmétique est peut-être celui dont vous avez réellement besoin
Acide hyaluronique, vitamine C, rétinol, rétinal, collagène…
Aucun de ces actifs ne mérite d'être diabolisé.
Certains possèdent même un intérêt scientifique et cosmétique remarquable.
Mais aucun ne devrait devenir obligatoire simplement parce qu'il est tendance.
Après 40 ans, une belle routine peut parfaitement associer un sérum ciblé réellement utile à quelques gouttes d'une huile végétale bien choisie.
Elle peut aussi être encore plus simple.
Tout dépend de votre peau.
C'est précisément le message que je développe dans Routine visage minimaliste après 40 ans : pourquoi faire moins peut donner de meilleurs résultats.
Avant votre prochain achat, posez-vous trois questions
Je vous propose de terminer par un exercice très simple.
Ma peau exprime-t-elle réellement ce besoin ?
Le produit que j'utilise déjà y répond-il ?
Est-ce que j'ajoute cet actif pour ma peau… ou parce qu'on m'a convaincu qu'il fallait l'utiliser ?
Si les réponses sont claires, choisissez votre soin.
Sinon, attendez.
Observez.
La peau possède une qualité que le marketing oublie parfois :
elle sait très bien nous dire quand nous en faisons trop.
Après trente-cinq ans dans cet univers, je reste passionné par les innovations cosmétiques.
Mais l'expérience m'a également appris à ne pas confondre nouveauté et nécessité.
C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai écrit Moins. Mais mieux.
La cosmétique peut être extrêmement sophistiquée.
Prendre soin de sa peau n'a pas forcément besoin de l'être.
Jean-Pierre Juguet
Fondateur de SidiB — 35 ans d'expérience dans les plantes, la santé naturelle et la cosmétique — Auteur de Moins. Mais mieux.

