Stress, sommeil, fatigue : comprendre ce qui influence réellement la beauté et le vieillissement de notre peau
Par Jean-Pierre JUGUET
Nous consacrons beaucoup de temps à nous demander quelle crème, quel sérum ou quelle huile appliquer sur notre visage.
Beaucoup moins à nous demander pourquoi notre peau change parfois d'aspect sans que nous ayons changé de cosmétique.
Une mauvaise nuit et le teint semble plus terne. Quelques semaines de stress et la peau paraît moins confortable, plus sèche ou plus réactive. Après une période de fatigue prolongée, les traits semblent marqués et les signes de l'âge parfois plus visibles.
Ce ne sont pas seulement des impressions.
Notre peau est un organe vivant, connecté à l'ensemble de notre organisme. Le sommeil, le stress, l'alimentation, l'âge, les hormones et notre environnement participent à son équilibre.
Après plus de 35 ans passés dans l'univers des plantes, de la phytothérapie et de la cosmétique, j'en suis arrivé à une conviction assez simple :
Pour prendre soin de sa peau, il faut commencer par comprendre ce qui se passe sous la peau.
La beauté de la peau ne dépend pas uniquement des cosmétiques
La peau constitue notre frontière avec le monde extérieur.
Elle nous protège notamment des agressions environnementales et limite les pertes excessives en eau. Sa couche la plus superficielle joue ainsi un rôle essentiel dans ce que l'on appelle la barrière cutanée.
Lorsque cette barrière fonctionne correctement, la peau conserve mieux son hydratation et sa souplesse et résiste mieux aux agressions extérieures.
Lorsqu'elle est fragilisée, la perte insensible en eau peut augmenter. La peau peut devenir plus sèche, inconfortable ou réactive.
C'est ici que les choses deviennent intéressantes.
Car cette fonction barrière n'est pas influencée uniquement par ce que nous appliquons sur notre visage.
Notre état physiologique général compte également.
Stress et peau : le lien n'est pas seulement psychologique
« Le stress me donne mauvaise mine. »
L'expression est banale. Le mécanisme qui se cache derrière l'est beaucoup moins.
Face à une situation stressante, notre organisme déclenche une cascade de réactions impliquant notamment le système nerveux et l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, souvent appelé axe HPA.
Cette réponse entraîne notamment la libération de cortisol et modifie différents médiateurs impliqués dans les réponses inflammatoires et immunitaires.
Or la peau n'est pas spectatrice de ces phénomènes.
Les recherches en dermatologie montrent que le stress psychologique peut perturber la fonction barrière de la peau et ralentir sa récupération.
Certains travaux mettent notamment en évidence des modifications de la production des lipides et des protéines indispensables au bon fonctionnement de l'épiderme.
Le schéma peut être résumé simplement :
Stress chronique → réponses hormonales et nerveuses → perturbation de certains mécanismes cutanés → barrière moins performante → récupération plus difficile.
Il ne faut évidemment pas en conclure que le stress « donne des rides ».
La physiologie humaine est beaucoup plus complexe.
Mais lorsque le stress devient chronique, il peut créer un environnement moins favorable au maintien de l'équilibre cutané.
Sommeil et peau : pourquoi la fatigue finit par se voir
Nous avons probablement tous fait cette expérience.
Une nuit trop courte et, le lendemain matin, notre visage ne semble pas tout à fait le même.
Teint terne, cernes, traits tirés, sensation de peau sèche...
Une partie de ces manifestations est transitoire. Mais lorsque le manque de sommeil devient chronique, la question est différente.
Le sommeil constitue une période essentielle de récupération pour l'ensemble de l'organisme.
La peau ne fait pas exception.
Des études ont observé une association entre mauvaise qualité chronique du sommeil, augmentation de certains signes du vieillissement cutané et moins bonne récupération de la barrière cutanée après une agression.
Une étude menée chez 60 femmes a notamment observé que les bonnes dormeuses présentaient une meilleure récupération de la barrière cutanée que les mauvaises dormeuses.
Là encore, le message doit rester mesuré.
Une mauvaise nuit ne fait pas vieillir brutalement la peau.
Mais des nuits insuffisantes répétées peuvent perturber certains mécanismes qui participent normalement à son équilibre et à sa récupération.
Fatigue et peau : ne pas confondre symptôme et cause
C'est probablement ici que notre rapport à la cosmétique mérite d'être interrogé.
Lorsque notre teint est terne, nous cherchons un soin « éclat ».
Lorsque nos traits sont fatigués, un soin « défatigant ».
Lorsque notre peau tire, une crème hydratante.
Ces produits peuvent parfaitement avoir leur utilité.
Mais ils ne répondent pas nécessairement à la cause.
Si votre peau paraît fatiguée parce que vous dormez cinq heures par nuit depuis plusieurs semaines, le premier geste beauté n'est probablement pas d'ajouter un nouveau sérum.
Il est de retrouver, lorsque cela est possible, un sommeil de meilleure qualité.
Cette évidence est moins séduisante qu'une promesse cosmétique.
Elle est pourtant essentielle.
Prendre soin de sa peau de l'intérieur : que signifie réellement cette expression ?
La notion de beauté de l'intérieur est devenue très populaire.
Compléments alimentaires pour la peau, collagène, vitamines, minéraux, antioxydants, extraits végétaux... les propositions se multiplient.
Il faut, là encore, revenir à la physiologie.
Notre peau a besoin des nutriments apportés par notre alimentation. Certaines carences peuvent d'ailleurs avoir des conséquences cutanées.
Mais « prendre soin de sa peau de l'intérieur » ne signifie pas nécessairement multiplier les compléments alimentaires.
Cela commence par des fondamentaux beaucoup moins spectaculaires :
une alimentation diversifiée, une hydratation suffisante, un sommeil de qualité, une activité physique régulière et une meilleure gestion du stress.
La complémentation peut éventuellement intervenir ensuite lorsqu'elle est pertinente.
Et c'est à ce moment-là qu'une question me semble essentielle :
qu'y a-t-il réellement dans le produit ?
Plantes et compléments alimentaires : le nom de l'ingrédient ne suffit pas
C'est probablement l'un des enseignements les plus importants de mes années passées dans l'univers de la phytothérapie.
Dire qu'un produit contient de l'ashwagandha, de la rhodiola ou du safran ne nous dit finalement pas grand-chose.
Quelle espèce botanique ?
Quelle partie de la plante ?
Quel type d'extrait ?
Quelle concentration ?
Quelle standardisation ?
Quelle quantité réellement apportée chaque jour ?
Existe-t-il des études réalisées avec cet extrait précis et à cette dose ?
Deux produits portant exactement le même nom de plante peuvent avoir des compositions et des niveaux de documentation très différents.
C'est pourquoi, lorsqu'une solution végétale est envisagée pour accompagner le sommeil, le stress ou la fatigue, la qualité et la caractérisation de l'ingrédient me paraissent plus importantes que la longueur de la liste des plantes inscrites sur l'emballage.
Une formule contenant dix plantes n'est pas nécessairement supérieure à une formule plus simple utilisant quelques extraits précisément sélectionnés, documentés et correctement dosés.
Voilà une philosophie qui ressemble étrangement à celle que je défends pour la peau.
Moins. Mais mieux.
Ce qui est vrai pour un extrait végétal l'est aussi pour une huile cosmétique
Prenons un exemple que je connais particulièrement bien : l'huile de pépins de figue de Barbarie.
Il serait tentant de considérer que toutes les huiles portant ce nom se ressemblent.
Ce n'est pas le cas.
Mode d'extraction, origine et qualité des graines, première pression à froid, conservation, exposition à la lumière, oxydation, conditionnement... tous ces paramètres peuvent influencer la qualité finale d'une huile végétale.
L'huile de pépins de figue de Barbarie possède naturellement un profil lipidique intéressant, notamment par sa richesse en acide linoléique, ainsi que par la présence de tocophérols et de phytostérols.
Dans une routine minimaliste, une huile végétale de qualité peut ainsi contribuer à apporter des lipides et du confort à une peau sèche ou mature et s'intégrer dans une stratégie visant à préserver une barrière cutanée équilibrée.
Mais il faut être très clair :
une huile ne traite ni le stress, ni la fatigue, ni le manque de sommeil.
Elle intervient de l'extérieur, sur la peau.
Le sommeil, le stress, l'alimentation et notre état physiologique agissent, eux, de l'intérieur.
Les deux approches ne s'opposent pas.
Elles sont complémentaires.
Peau mature et vieillissement : sortir du réflexe « anti-âge »
Avec l'âge, cette vision globale devient encore plus importante.
La peau évolue naturellement. Son renouvellement se modifie, sa composition lipidique change et sa capacité à retenir l'eau peut diminuer. À cela s'ajoutent les effets cumulés de l'exposition solaire et de notre environnement.
Mais nous vieillissons également avec notre histoire.
Nos nuits.
Notre alimentation.
Nos périodes de stress.
Notre exposition au soleil.
Notre activité physique.
Nos habitudes de vie.
Chercher à comprendre le vieillissement de la peau uniquement à travers les cosmétiques revient donc à n'observer qu'une partie du problème.
C'est pourquoi j'aime de moins en moins l'expression « anti-âge ».
Je préfère parler de bien vieillir de la peau.
Non pas lutter contre le temps, mais aider notre peau à conserver le plus longtemps possible son équilibre, son confort et sa fonction.
Une belle peau commence peut-être par faire moins
Nous vivons une époque paradoxale.
Jamais nous n'avons disposé d'autant de produits pour prendre soin de notre peau.
Et jamais les routines n'ont été aussi complexes.
Nettoyant, lotion, essence, sérum, booster, contour des yeux, crème, huile...
Puis viennent les compléments alimentaires.
Et nous risquons de reproduire à l'intérieur exactement ce que nous avons fait à l'extérieur : accumuler les produits en espérant additionner leurs bénéfices.
Je crois à une autre approche.
Avant d'ajouter quelque chose, posons-nous quelques questions simples.
Est-ce que je dors suffisamment ?
Mon stress est-il devenu permanent ?
Mon alimentation est-elle suffisamment diversifiée ?
Est-ce que je protège réellement ma peau du soleil ?
Ma routine cosmétique respecte-t-elle ma barrière cutanée ?
Les produits que j'utilise contiennent-ils des ingrédients de qualité, aux concentrations pertinentes ?
Et surtout :
Ai-je réellement besoin de tout ce que j'utilise ?
Dedans et dehors : une seule et même personne
Pendant des décennies, nous avons séparé la beauté, la nutrition et le bien-être en catégories marketing.
Notre organisme, lui, ne connaît pas ces catégories.
La peau reçoit des signaux de l'intérieur et des agressions de l'extérieur. Elle dépend de notre âge, de notre patrimoine génétique, de notre environnement et de notre mode de vie.
Prendre soin de sa peau devrait donc probablement commencer par accepter cette évidence :
nous ne pouvons pas dissocier notre visage du reste de notre corps.
Un cosmétique peut accompagner la peau.
Une huile végétale peut lui apporter des lipides et du confort.
Un complément alimentaire peut, dans certaines situations et avec des ingrédients correctement sélectionnés, accompagner certaines fonctions physiologiques.
Mais aucun produit ne remplacera le sommeil, une alimentation équilibrée, la protection solaire ou la gestion du stress.
Après plus de 35 ans passés à travailler avec les plantes, les actifs naturels et les cosmétiques, je crois finalement que le progrès ne consiste pas toujours à chercher le prochain ingrédient miracle.
Il consiste parfois simplement à mieux comprendre ce dont notre organisme et notre peau ont réellement besoin.
Comprendre avant de promettre. Choisir avant d'accumuler.
Moins. Mais mieux.
Jean-Pierre JUGUET
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